REDONNER LES MOYENS D’UN BON MANAGEMENT

 

Le management en crise à TDF

Depuis le début des années 2000 et l’arrivée d’actionnaires financiers, TDF a subit toute une série de réorganisations décrites comme devant permettre de gagner en efficacité, mais dont le but réel est de gagner en rentabilité. Chaque salarié de l’entreprise quel que soit son niveau a dû s’adapter à marche forcée à ces exigences.

En particulier, le travail des encadrants a lui aussi considérablement évolué. A l’organisation de l’activité et à l’accompagnement des équipes sont venues s’ajouter des tâches administratives, en lien avec des dispositifs de gestion, sur la base d’indicateurs à renseigner ou de procédures à respecter. Confronté à une multiplication d’objectifs de performance relatifs à la production, la qualité, la réactivité, la maîtrise des coûts et délais, les managers de TDF ont de plus en plus de mal à gérer les contraintes et les réalités du travail de leur équipe. Faire correspondre le travail réel effectué par les équipes à ce qui est attendu par la direction devient de plus en plus difficile. Par un pilotage centré sur les coûts, la direction de TDF créé un mal être, en fixant des objectifs inatteignables, où souvent les moyens sont absents.

Les managers de TDF traversent une crise profonde concernant le sens de leur mission et leur rôle. Cette crise se nourrit d’un divorce grandissant avec le travail réalisé par leurs collaborateurs. Accaparés par des tâches chronophages (reporting, organisation de plannings, suivi d’indicateurs…) et des réunions multiples (séminaires, groupes projets…), dont l’objet est éloigné de l’activité réelle, les managers sont de moins en moins en mesure de répondre aux demandes de leur équipe, aux difficultés qu’elle rencontre. Ils ne peuvent plus assumer correctement le rôle d’arbitrage qui leur revient entre les priorités souvent contradictoires auxquelles sont confrontés leurs collaborateurs. Là où il est question normalement de savoir convaincre son équipe de donner le meilleur d’elle-même, le manager est de plus en plus cantonné au pilotage économique à travers des reportings sous Excel. Du management intermédiaire jusqu’aux directeurs, il nous apparait qu’on tue la créativité et l’initiative.

Ce faisant, les managers voient leur autorité professionnelle remise en question. Leur reconnaissance des efforts engagés par leurs collaborateurs perd en légitimité. L’angoisse de la non-atteinte des objectifs financiers irrigue l’état d’esprit des salariés alors que les managers se doivent d’être leaders. Dans certaines entités, le manque d’effectifs entraine des situations désastreuses. Ainsi, au malaise des salariés s’ajoute ainsi celui des managers. Certains d’entre eux essayent de préserver envers et contre tout leur travail de régulation de l’activité, sans soutien organisationnel, au risque de décompenser ou d’être sanctionnés. Ceux qui se résignent ne sont pas épargnés par le sentiment de ne pas bien faire leur travail. Restent ceux qui se protègent en adhérant à ce type de fonctionnement. Ils s’en sortent mieux, mais au détriment de leur équipe. Chacun à TDF se reconnaitra dans une de ces situations.

Redonner  au management des marges de manoeuvre

Face aux enjeux de santé au travail posés par la crise du management, les solutions ne peuvent se situer du côté de nouvelles procédures comme on sait si bien le faire à TDF, visant à définir le « bon manager ». Elles ne feraient que rajouter de nouvelles contraintes aux encadrants, au risque de les faire décompenser un peu plus vite. Il s’agit au contraire de leur redonner du temps et des moyens pour reprendre pied dans le travail réel.

Il s’agit de faire l’inventaire des tâches et réunions qui éloignent l’encadrement de l’activité de régulation du travail, afin de les rationaliser : moins de reporting, procédures simplifiées… Il faut aussi reconstruire dans toutes les directions de TDF, le pouvoir interne ou local de décision pour chaque manager, lui donner les moyens de répondre au moins en partie aux difficultés identifiées par son équipe. Tout cela suppose de sortir d’une vision technocratique du management, centrée sur l’efficacité supposée d’outils, et d’en convaincre les directions de l’entreprise.

La formation des managers sur les questions de santé au travail peut aussi aider, à certaines conditions. S’il s’agit de les responsabiliser un peu plus sur les atteintes à la santé de leurs collaborateurs, le remède peut s’avérer pire que le mal. Si, au contraire, ces formations partent des difficultés qu’ils rencontrent et leur permettent d’échanger sur leur travail, cela peut contribuer à leur redonner des marges de manoeuvre.

La CFE-CGC fera le maximum pour faire redonner aux managers le temps et les moyens de leur fonction. Un manager ne doit pas être simplement un salarié opérationnel comme les autres ni même un gestionnaire à même de remonter les seuls indicateurs attendus par sa direction.

tete a tete boss

Tract CGC 4 – Les moyens d un bon management affiche(1)

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